J’ai été accueilli par une Directrice énergique qui vient de prendre son poste et qui semble vouloir remettre un peu d’ordre dans cet établissement.

Pour autant, cette visite a confirmé le désarroi profond des personnels et est révélatrice de l’abandon de l’administration pénitentiaire par les gouvernements successifs. Quelques points à noter :

- Une prison bâtie pour accueillir 600 détenus qui en abrite plus de 900. Bien évidemment le nombre d’agents de surveillance n’a pas augmenté en proportion. Pire, sur les 175 agents statutaires, 26 ont été soit agressés, soit sont en arrêt maladie, tandis qu'une vingtaine sont détachés ailleurs. La directrice ne peut donc compter que sur 130 surveillants. Le résultat est là dans toute son absurdité. La plupart du temps 2 agents au lieu de 3 surveillent un corps de bâtiment de 96 cellules, soit entre 150 et 200 détenus. Le poste central vitré qui permet de surveiller les mouvements est vide et les détenus le savent bien. C’est comme si dans un aéroport, la tour de contrôle fonctionnait à mi-temps !

- Le manque de personnel explique aussi que les détenus peuvent aller d’un secteur à un autre sans accompagnement, ce qui m’a paru assez surréaliste.

- La suppression des fouilles automatiques lors de la visite des familles au parloir, imposée par la réglementation européenne, complique aussi considérablement la tâche des surveillants. Téléphones portables, barrettes de drogue peuvent passer des familles aux détenus !

- Au cours de mes entretiens, j’apprends que cette Maison d’Arrêt juxtapose des délinquants aux profils très différents, certains prévenus côtoyant des condamnés à de très longues peines. Pire, des terroristes islamistes, comme par exemple Coulibaly, séjournent dans cette Maison d’Arrêt avec toutes les conséquences de prosélytisme qu’on imagine.

- Face à une population pénale des plus difficiles de France, dans un établissement surpeuplé, ce sont les personnels pénitentiaires tout juste sortis d’école qui sont affectés. Insultes, agressions sont fréquentes. Le quartier disciplinaire est sous-dimensionné et les mineurs n’ont pas le droit d’y être placés.

- Le quartier des mineurs est dans un état lamentable car ces derniers détruisent tout et symbole stupéfiant, les gardiens de ce secteur ne sont pas en uniforme mais en survêtement pour, je cite l’administration : « créer un rapport moins hiérarchique avec les mineurs dangereux » (car pour être en détention quand on est mineur en France, il faut avoir commis des actes gravissimes). L’administration fait de la démagogie, cassant l’autorité des surveillants. Musique à fond dans les cellules, odeur de brûlé, personnel découragé… Ce n’est pas avec ce type d’établissement que l’on va remettre dans le droit chemin des jeunes en rupture !

- Le service du greffe qui gère l’application des peines avec 5000 entrées et sorties par an est géré par 4 personnes qui n’ont pas la formation adaptée pour lire les décisions de justice de délinquants chevronnés, qui ont à leur actif de multiples condamnations.

Les agents de bonne volonté n’ont pas les moyens de faire correctement leur travail. On comprend dès lors pourquoi les permissions de sortie tournent mal avec certains détenus qui ne reviennent jamais et d’autres qui ont pris l’habitude de revenir en retard !

On apprend même avec stupéfaction que certains détenus peuvent avoir des permissions de sortie pour leur leçon de permis de conduire subventionné par l’Etat, puisqu’ils ne payent que 100 euros pour son obtention.

Un délinquant ne faisant que la moitié de sa peine et les permissions de sortie étant accordées à la moitié de la peine, la prison française est devenue un self-service à partir du quart du temps d'incarcération. On croit rêver !

En définitive cette visite démontre l’abandon de notre système pénitentiaire par le gouvernement car c’est ce dernier qui a abandonné le programme de construction de 20 000 places prévues par le précédent. Pour autant, la responsabilité du laxisme ambiant est ancienne et partagée. Le régime des permissions de sortie date de 2004. La suppression de la fouille des détenus date de 2009.

Il suffit de visiter une prison anglaise pour comprendre l’explosion de la délinquance dans notre pays. Quand l’ordre n’est plus assuré en prison et que les délinquants y font la loi, pourquoi la craindraient-ils ?

La société et le pouvoir politique ont démissionné. Il n’y a en vérité ni répression, ni dissuasion, ni même réinsertion.

Pourtant notre système pourrait être rapidement redressé. La colonne vertébrale existe avec une administration pénitentiaire de bonne volonté, structurée avec des personnels de qualité. Il faut simplement reprendre en main le système, y mettre des moyens financiers conséquents, rétablir la fouille des détenus, supprimer les permissions de sortie injustifiées, isoler les détenus terroristes ou islamistes radicaux.

En un mot, faire ce que tous les pays du monde font et que la France, à cause de l'irresponsabilité de ses gouvernants, ne fait plus. C’est aussi à ce prix, parallèlement à une vraie politique volontariste pour les forces de sécurité publique et une réforme de la procédure pénale, que nous rétablirons la sécurité dans la rue car aucune mesure n’aura d’efficacité si nous ne disposons pas de places de prison en nombre suffisant, ni d'une politique pénitentiaire digne de ce nom.