Comment des petits producteurs émiettés peuvent-ils négocier avec des empires qui, dans les faits, ont le monopole de la collecte ?

Bien évidemment dès la fin du prix garanti, ils en ont profité pour baisser le prix d’achat sans pour autant répercuter cette baisse sur le prix final payé par le consommateur.

Un producteur me racontait qu’entre mars et avril 2009, il perdait dans son exploitation de 120 vaches laitières 10 000 € par mois. Il travaillait donc à perte et, au même moment, Lactalis faisait du chantage auprès du Conseil Général du Calvados pour obtenir une subvention de 150 000 € pour une chaîne de production à Bayeux.

D’un côté Lactalis écrase les producteurs, de l’autre il fait financer par des fonds publics une partie de ses investissements.

Depuis, le prix du lait fait aux producteurs a légèrement augmenté mais le scandale continue. Le gouvernement évoque sans cesse la contractualisation comme moyen d’organiser et d’apaiser les relations entre producteurs et industriels, mais cette contractualisation dont se gargarise le Ministre revient à la politique du renard dans le poulailler.

Ainsi, par exemple, Lactalis, vient de proposer à un groupement de producteurs du Calvados un contrat sur 5 ans, mais sans prix indicatif. Les producteurs sont prévenus le 25 du mois du prix qui leur sera accordé le mois suivant. Les groupements de producteurs ont bien sûr refusé cette nouvelle relation de serf à seigneur. Alors Lactalis a commencé à menacer de ne plus collecter les plus petits producteurs qui n’ont bien entendu pas la possibilité de s’adresser à un autre collecteur de lait.

Et pendant ce temps, Bruno Lemaire continue ses belles proclamations à l’Assemblée Nationale sur le rééquilibrage nécessaire entre éleveurs et industriels.

Le résultat est là : les éleveurs disparaissent les uns après les autres. La France va bientôt être déficitaire en lait et les industriels nous expliqueront qu’il est préférable de délocaliser la production de yaourts ou de fromages en Roumanie ou en Pologne plutôt que de faire circuler des camions citernes de lait à travers l’Europe.

Une autre politique est bien sûr possible : maintient des quotas, pays par pays, fixation d’un prix interprofessionnel garanti et surveillance du secteur pour éviter la constitution d’un monopole privé. Face à ce véritable retour de l’Ancien régime, orchestré par Bruxelles avec la résignation complaisante de l’UMP et du PS, il y a urgence à agir : pour moi la cause est entendue, c’est la République qu’il faut d’urgence restaurer sur ce terrain. Sinon, ce sera la Révolution…