J’aurais aimé que M. Lorenzi, économiste et surtout conseiller de banques d’affaires, avec qui je débattais hier sur France Inter, les entende.

Le cas de cette usine, fabriquant des attelages de remorques près de Reims, est en effet emblématique de la débâcle industrielle qui frappe notre pays et que ne veut pas voir la petite oligarchie parisienne.

Ici, c'est 93 suppressions d’emplois pour délocaliser l’activité d’une usine rentable en Allemagne et en Hongrie.

Une usine qui, au moment où le groupe dépose le plan social économique, recrute des intérimaires pour faire face à un carnet de commandes plein à ras bord ! Qui plus est, une usine reconstruite en 1991 avec l’aide de fonds publics ! Une usine qui tourne à 80% pour les deux principaux constructeurs français automobiles.

Or, cette entreprise autrefois française a été rachetée par un groupe hollandais...

Les salariés bien sûr ont tout compris. Leur rage et leur dégoût est d’autant plus compréhensible que ce sont des entreprises françaises qui font vivre aujourd'hui l’usine, et que ce sont des fonds publics qui ont été gaspillés.

Et quand je pense qu’hier matin M. Lorenzi, l’économiste avocat du système qui a mené la France à ce désastre, m’expliquait avec un ton docte que l’euro n’était pas le problème et que le protectionnisme était le repli sur soi.

A l’entrée de l’usine, les ouvriers ont posé un cercueil et l’ont entouré de 93 croix symbolisant leurs tombes. Perdre un emploi dans cette région qui en manque tant, c’est en effet se condamner à vivre de minima sociaux.

Les ouvriers voudraient avant tout être respectés. Ils ont compris que la droite et la gauche étaient résignés et ne changeraient rien aux règles du jeu qui conduisent à ce désastre. Aucun député du secteur ne s’est d’ailleurs déplacé pour les voir.

Ces croix plantées au bord de la route symbolisent la colère qui monte dans tout le pays car, ne l’oublions pas, un million d’emplois industriels a été supprimé en France en 10 ans. Soit environ 10 000 par département !

Ces ouvriers attendent une autre politique qui sera enfin capable de traiter à la racine les causes du mal.

Et c’est tout le sens de mon combat. Relocaliser le pouvoir pour relocaliser les emplois.

Car le protectionnisme, loin d'être le repli sur soi, c'est au contraire la garantie de la dignité. C'est la liberté de travailler, de vivre de son travail.

Ne pas se protéger dans un monde où le libre échange est devenu déloyal, c'est se condamner au nivellement social et économique par le bas. Les emplois qui partent ne font pas - contrairement à l'idéologie internationaliste - des heureux ailleurs : ils y font des esclaves !

Se protéger pour la France c'est donc plus qu'un moyen de survie : c'est une lutte pour la dignité des hommes dans le monde entier.

Protéger notre modèle social, ce n'est pas égoïste, c'est au contraire un espoir pour le monde. Car notre modèle est viable, notre pays a des atouts fantastiques : il suffit de nous protéger.

Tout au long de la journée, en allant à la rencontre des maires pour les convaincre de me parrainer, j’ai gardé en mémoire ces visages d'ouvriers désabusés. Surtout, je m'accroche à la lueur d’espérance que j'ai cru y percevoir lorsqu'ils parlaient de leur fierté de travailler, des atouts de leur région et de leur envie de ne pas laisser tomber.