En m’accueillant, il me lance alors : « Pourquoi est on gouverné par des Mickey ? Là-haut, ils n’aiment vraiment pas leur pays… On est tous en train de crever et ils n’en ont rien à faire. Pourquoi voulez-vous qu’on aille voter ? »

Cet homme, à bout, profondément triste de l’état de son pays, est lui, très lucide. Maraîcher aux portes de Clermont-Ferrand depuis 1956, date à laquelle ses parents se sont installés, il a tout compris du fonctionnement de l’Union Européenne.

D’un côté, la multiplication des normes, avec en plus les charges françaises, de l’autre, l’ouverture à tout vent et la concurrence déloyale.

Il m’explique « Comment voulez-vous que je fasse : je vends ma botte de radis 0,75 €, la même botte de radis venant d’Allemagne est livrée à la centrale d’achat de Moulins, dans l’Allier, pas très loin d’ici, à 0,35 €. Et pourtant ici, on travaille comme des bêtes avec 4 salariés ? »

La cause est toute simple : le coût horaire du travail est de 18 € en France et de 5 € en Allemagne, puisque la plupart des maraîchers d’Outre-Rhin exploitent des travailleurs détachés de Roumanie ou de Pologne.

Il poursuit : « J’essaye chaque année de remonter mon chiffre d’affaire de 10 % pour me maintenir un salaire de misère, mais je sais bien que tout cela ne durera pas et que bientôt je ferai comme les autres, je fermerai. Il y avait une centaine de maraîchers autour de Clermont-Ferrand, il n’y en a plus que 4. Les produits viennent maintenant d’Afrique du Nord, d’Espagne ou d’Allemagne. »

Ce témoignage illustre l’hémorragie d’emplois qui frappe notre pays, qui s’accélère à vue d’œil en raison de l’élargissement de l’Union, des règles folles de Bruxelles et de la fuite en avant vers le moins-disant social et fiscal – lequel, soi-disant en passant, pourrait être aisément combattu avec le protectionnisme intelligent que je prône. Au cours de la dernière décennie, l’effondrement de la balance commerciale, la chute de la production agricole et industrielle, ont été masqués par l’accroissement de la dépense publique et de l’endettement de la France qui, par un jeu de vases communicants pervers et des taux d'emprunts irréalistes liés à l'euro, compensent cet appauvrissement !

Aujourd’hui, nous sommes face au mur. D’un côté une Union Européenne plus autoritaire que jamais qui démantèle tout et nous interdit de nous protéger, de l’autre l’absence de toute marge de manœuvre financière publique.

En partant, le maraîcher s’est retourné vers moi et m’a dit : « Qu’est-ce qu’il faut qu’on fasse, un nouveau 1789 ? » Là aussi il avait tout compris sur l’incapacité de nos gouvernements à réagir avant que le peuple perde patience.

La leçon de cette histoire, c’est que la démocratie a encore un sens, la lucidité des Français est totale, leur colère palpable. A nous de leur faire prendre conscience qu’il y a une voie alternative à la démission générale, que notre pays a tous les atouts pour réussir si enfin il se ressaisit et se protège.