En effet, au terme de très nombreux échanges avec des personnalités de l’île et malgré une situation extrêmement complexe, je veux retenir quelques idées simples.

1) La réconciliation issue des accords de Matignon de 1988 puis de Nouméa de 1998 entre l’Etat, les « européens » et les canaques a considérablement apaisé la situation et permis un fort développement économique.

En 20 ans, tous les observateurs le reconnaissent, l’île a été métamorphosée grâce au soutien financier de l’Etat et à la loi de défiscalisation qui a permis de très nombreux investissements dans tous les domaines.

2) Cette réconciliation affichée n’a cependant pas levé toutes les ambiguïtés, pire, elle a eu tendance à repousser les problèmes pour éviter de trancher le nœud gordien.

Ainsi entre 2014 et 2018 doit avoir lieu le fameux premier référendum d’autodétermination avec un corps électoral « gelé » excluant ceux qui sont arrivés sur le territoire après 1998 ; ce qui pose d’ailleurs un problème démocratique aigu.

En vérité tout a été fait pour permettre à une minorité indépendantiste de devenir majoritaire. Mais, paradoxe de la situation, malgré ce corps électoral taillé sur mesure pour eux, il apparaît probable que les Calédoniens autorisés à voter refuseraient l’indépendance et manifesteraient leur volonté de rester Français.

3) Voyant se profiler un tel désaveu, les indépendantistes redoublent d’effort pour avancer leurs pions et les loyalistes semblent tétaniser à l’idée que la minorité canaque désavouée par les urnes puisse, n’ayant plus rien à espérer, se radicaliser.

La plupart sont en quête d’un statut introuvable ménageant la chèvre et le chou. Une sorte de double souveraineté transformant la Calédonie en un gros Monaco ou Andorre, ce qui, de fait, conduirait tout droit à l’indépendance.

Le vrai danger réside ainsi dans l’alliance implicite d’indépendantistes minoritaires mais très volontaristes, de personnalités « européennes » soutenues par certains milieux d’affaires apatrides qui, tant qu’ils pourront continuer à gagner beaucoup d’argent, se moquent de la couleur du drapeau et d’un Etat frileux qui, tel Ponce Pilate, rêve de se débarrasser d’un territoire compliqué.

4) Ce serait une double faute terrible. Une faute pour les Calédoniens qui sont de plus en plus agacés par les jeux de pouvoir tant des loyalistes divisés en écuries que des indépendantistes eux aussi de plus en plus divisés.

Le peuple manifestement souhaite rester Français tout en étant attaché bien sûr à la reconnaissance de l’identité canaque qui a permis la réconciliation. Une population d’ailleurs beaucoup plus pluriculturelle qu’on ne l’imagine car si on parle toujours du face à face européen/canaque, on oublie les 20 à 30% d’origines très diverses (Wallisiens, Polynésiens, Vietnamiens, etc…).

Les Calédoniens en ont assez de voir leurs élus se chamailler pour obtenir toujours plus de compétences et de pouvoir au niveau du gouvernement local alors que les transferts de l’Etat prévus par les accords de Nouméa n’ont toujours pas été en totalité effectués.

Comme me l’a dit un observateur : « ils feraient mieux déjà de faire fonctionner ce qu’ils ont reçu avant d’imaginer un nouveau statut encore plus irréaliste que celui d’aujourd’hui ».

Les Calédoniens attendent à juste titre que leurs élus fassent vivre correctement la très large autonomie consentie par la France et fasse fonctionner dans le sens de l’intérêt général l’usine à gaz institutionnelle mise en œuvre (3 provinces, un congrès, un gouvernement, des ministères, même un ministre de la météo), le tout pour 250 000 habitants.

Cette indépendance forcée par peur d’une minorité serait aussi une faute pour la France. Au moment où le Pacifique devient le centre du monde, où la Chine veut conquérir des bases arrières et s’emparer du nickel, la France serait folle d’abandonner des territoires comme la Nouvelle Calédonie et la Polynésie qui lui permet une présence économique, culturelle et linguistique.

5) Il est à cet égard affligeant que notre pays n’ait aucune stratégie dans le Pacifique et accorde peu d’attention aux populations qui aiment notre pays et ne souhaitent pas devenir les otages de royaumes d’opérette ou de républiques bananières.

On ne peut pas demander aux Calédoniens de vouloir rester Français si la France ne porte pas un projet de partenariat gagnant gagnant pour la Calédonie et la France.

Il y aurait pourtant beaucoup à faire. Je pense notamment à ma proposition de la présidentielle visant à constituer un fonds d’investissement maritime abondé par la Caisse des Dépôts et les territoires du Pacifique pour développer la recherche et l’exploitation des océans. Il est important aussi, par exemple, de favoriser les énergies renouvelables, de mieux desservir les territoires pour favoriser le tourisme.

En un mot, d’avoir une politique à moyen terme.

En vérité, les petits marquis de Bercy ne voient pas plus loin que le bout de l’hexagone, oubliant le rôle que la France peut jouer dans le Pacifique.

Mais pour cela il faut une volonté, une stratégie et se donner les moyens de les appliquer.

En conclusion, tout au long de mes entretiens, est revenue, comme un leitmotiv, une double attente : Oui, il faut réconcilier les populations en transférant davantage de compétences pour responsabiliser les acteurs locaux.

Mais il faut aussi et surtout retrouver la fierté d’être Français et pour cela savoir quelle route la France nous propose d’emprunter.

Aujourd’hui, la Nouvelle Calédonie comme d’ailleurs la Polynésie sont à la croisée des chemins. Soit l’Etat affirme les valeurs républicaines pour garantir l’impartialité de son action et propose un projet commun dans le respect bien sûr des identités locales, soit la pente naturelle des « petites soupes sur les petits feux » transformera ces Etats en des républiques bananières refermées sur elles-mêmes et profondément appauvries dont la Chine et l’Australie ne feront qu’une bouchée.

Les populations sont aujourd’hui dans le doute. Redonnons leur confiance en la France.