C'est ce que vient rappeler aujourd'hui le virage à 180° opéré par la Première ministre de Sa Majesté, Theresa May, qui a dévoilé un impressionnant « livre vert », intitulé « Building our Industrial Strategy », visant à réindustrialiser massivement le Royaume-Uni dans le contexte de l'après-Brexit. Si les conservateurs britanniques ne renoncent pas à un libre-échange entreprenant avec le reste du monde, tout en s'attendant à un amoindrissement de leurs échanges avec l'Union européenne - démontrant au passage qu'ils assument le « hard-Brexit » -, ils n'en rompent pas moins avec la ligne de laisser-faire et de diminution consécutive du poids de l'Etat dans l'économie nationale qui est leur martingale depuis des décennies.



Cette « doctrine » était au cœur du thatchérisme triomphant, dont voudraient encore s'inspirer certains de notre côté de la Manche, et qui a provoqué ces quarante dernières années une réduction drastique du secteur industriel dans l'économie britannique. Mais voilà, les contraintes du Brexit obligent désormais Londres, pour conquérir les marchés mondiaux, à redevenir une puissance industrielle de tout premier plan dans la fabrication de biens à haute valeur ajoutée.

De plus, cette nouvelle stratégie industrielle qui verra l'Etat investir et intervenir puissamment dans l''économie nationale, en fonction de choix sectoriels assumés, se traduira aussi par une politique d'aménagement du territoire - comme la France en a connu avec la DATAR - afin de rendre emploi et prospérité aux régions sinistrées du nord du pays.



Cela prouve plusieurs choses.



Tout d'abord que la rupture avec l'Union européenne, si elle favorise le retour d'une industrie nationale, ne signifie pas du tout l'autarcie à la nord-coréenne, comme en accusent avec la dernière mauvaise fois les européistes. Au contraire, elle permettra des politiques volontaristes qu'interdit le dogme bruxellois de la « concurrence libre et non faussée ».



Ensuite, qu'il est parfaitement moderne et même nécessaire de réarmer nos économies européennes avancées sur le terrain des industries d'avenir, et que l'Etat-nation en demeure le meilleur artisan - loin des discours téléphonés incriminant idéologiquement sa nullité économique. C'est tout bonnement le signal que la politique gaullienne des années 60, à qui nous continuons de devoir cinquante ans plus tard l'essentiel de notre ossature économique (TGV, nucléaire, aéronautique, espace,...), reste comme jamais une idée neuve : en effet, si la politique industrielle prospère au pays d'Adam Smith, comment ne le pourrait-elle pas dans celui de Colbert ?



Enfin, qu'il y a une vie possible hors du marché et de la monnaie uniques dans leur forme actuelle, qu'il n'est donc pas du tout indispensable de préserver à n'importe quel prix, encore moins de totémiser comme le font ceux qui, bien qu'ayant échoué sur toute la ligne, continuent de proclamer à tout rompre : « l'UE ou le chaos ! ». Bien sûr, du « livre vert » britannique à la sortie de terre des futures usines, il y a un monde. Bien sûr, il ne s'agit plus de faire aujourd'hui comme on faisait en 1960. Bien sûr encore, aucun choix de développement ne fera couler le miel sans effort ni contrepartie, à l'abri des soubresauts du monde.



Néanmoins, qui ne voit les promesses d'un tel retour de l'industrie nationale adossée à l'Etat-nation, recette qu'appliquent au reste sans aucune retenue les Chinois et bientôt de nouveau les Etats-Unis ? Car, tout en continuant à commercer avec l'extérieur, cet axe stratégique majeur demeure le meilleur moyen d'assurer un développement économique et social, juste et maîtrisé, autant que la puissance dans un monde plus incertain que jamais.



En plaidant pour l'instauration d'une Europe des nations et des projets de type Airbus, pour une monnaie commune respectant la personnalité économique de ses membres et le retour d'un vrai Etat-stratège au service d'une industrie nationale revigorée, mon projet pour la France anticipe ce qui apparaîtra dans notre pays comme une nécessité urgente d'ici à quelques années.



La France et les Français ont déjà perdu trop de temps avec les Gribouille de la mondialisation naïve et heureuse, avec les docteurs Knock de la supranationalité européenne. Le moment est venu qu'ils reprennent de l'avance avec le nouveau volontarisme industriel de Debout la France !