Un « Ségur de la santé » s’est ouvert hier pour que le gouvernement et les représentants des soignants hospitaliers trouvent un nouveau chemin pour l’hôpital public. Debout la France s’en félicite.

Néanmoins, certaines mesures parfaitement consensuelles auraient déjà dû faire l’objet d’engagements précis, en particulier la hausse des salaires des personnels hospitaliers très en-deçà de la moyenne de l’OCDE. Ces demandes étaient déjà consensuelles après les grèves des mois passés.

En vérité, on peut craindre que le gouvernement cherche à gagner du temps pour conditionner la revalorisation des salaires et la hausse des moyens hospitaliers. Le gouvernement sait que les soignants disposent d’un soutien massif des Français aujourd’hui. Mais que pourra faire l’opinion publique au terme des négociations le 15 juillet, au cœur de l’été ?

Cette absence de mesures fermes dès aujourd’hui inquiète car les différentes annonces d’Emmanuel Macron n’ont pas été à la hauteur des attentes ni des besoins, d’autant plus que la petite musique sur l’allongement du temps de travail hospitalier se fait entendre de plus en plus.

Il est naturellement hors de question de conditionner la hausse des salaires des soignants à l’augmentation du temps de travail. Nos soignants ne comptent pas leurs heures depuis 20 ans. La plupart des Français feraient 35H mais les soignants, dont le métier est difficile, devraient en faire plus ?

Le temps de travail n’est pas un sujet tabou mais il doit être traité à part entière et non pas comme la conséquence d’une augmentation salariale parfaitement méritée. Si les représentants des soignants trouvent le moyen d’augmenter volontairement le temps de travail avec des améliorations de salaires correspondantes, ce sera une belle nouvelle pour le service public, mais tout chantage entre la hausse des salaires et le temps de travail est inacceptable.

Déjà entre 2007 et 2012, la hausse des salaires des infirmiers avait été conditionnée à la fin de la pénibilité pour leur retraite, un procédé scandaleux et injuste.

Une fois la hausse des salaires actée, ce Ségur pourra discuter des autres bonnes mesures mises au débat, comme la collégialité des décisions, la réforme drastique du tarif à l’acte et la coopération fluide sur chaque territoire entre les établissements publics et privés.

Néanmoins, le véritable juge de paix de la réussite de ce Ségur sera la hausse durable du budget de la santé en France. La France vieillit, les technologies sont de plus en plus chères et la population augmente : il n’est pas possible de faire toujours plus avec toujours moins, bien au contraire.

Debout la France avait manifesté son inquiétude quand le Premier Ministre avait affirmé que la France reviendrait à son étiage bas de 5000 lits de réanimation alors que ce nombre, bien inférieur aux standards allemands, japonais, ou coréens, avait montré sa totale insuffisance. Il faut au contraire, doubler durablement la capacité de lits de réanimation en France sur le territoire, avec les moyens humains et les respirateurs nécessaires.

Ainsi, Debout la France maintient les propositions concrètes suivantes.

Tout d’abord, seule une bonne articulation entre l’hôpital et la médecine de ville peut nous permettre d’être efficace. La crise sanitaire de Covid-19 a d’ailleurs démontré à quel point nos autorités se sont égarées en concevant leur plan blanc sans y associer les premiers acteurs de Santé Publique, que sont les personnels soignants de nos villes et les représentants de la médecine libérale !

Il faut également des hausses de salaires substantielles, qui alignent les salaires des infirmiers, aides-soignants et toutes les professions de santé sur les standards de l’OCDE. Pour les infirmiers ou aides-soignants, il s’agit d’une augmentation moyenne immédiate de 20% qui pourrait se faire, dans un premier temps, par une prime permanente défiscalisée.

Il s’agit ensuite de hausse significative des effectifs. La France dispose en moyenne de 2 infirmiers et d’un médecin en moins pour 1000 habitants que l’Allemagne. Il faut atteindre cet objectif pour améliorer les soins mais aussi pour mettre fin aux horaires et aux conditions de travail infernaux de nos soignants. Le gouvernement a annoncé des passerelles de formation rapide que DLF a toujours soutenues. Néanmoins, seule l’amélioration des salaires déjà évoquée permettra d’une part de ramener vers le service public des professionnels qui ont changé de voie faute de reconnaissance et d’autre part, d’attirer des nouvelles générations. A ce titre, il faut d’urgence alléger les coûts des formations médicales qui empêchent des jeunes d’accomplir leur vocation de soignant.

La hausse des effectifs et des moyens permettra d’augmenter le potentiel de lits de réanimation de notre pays, qui doit tout simplement doubler pour atteindre les standards de nos partenaires comme l’Allemagne. Cela implique, au minimum, un passage de 5000 à 10 000 lits bien répartis sur le territoire. Ce doublement aura un coût de 2.5 milliards d’euros, coût qu’il est possible d’optimiser en utilisant ces lits à d’autres soins quand ils ne sont pas nécessaires pour faire face à une crise sanitaire. Là encore, le modèle allemand est riche d’enseignements.

Il faut accélérer le désendettement des hôpitaux. Le plan du gouvernement était bien trop modeste à cet égard alors que l’idée était bonne. Il faut en réalité transférer l’ensemble des dettes hospitalières vers l’Etat via une monétisation de la Banque de France puisque cette dette correspond à un service public bénéficiant à toutes les générations. Libérés de ce fardeau, les hôpitaux retrouveront des capacités d’investissements et repartiront sur de bonnes bases. Bien entendu, ce transfert devra s’accompagner d’une étude transparente sur les gestionnaires défaillants, qui devront être remplacés et au contraire, d’une valorisation des bonnes pratiques des meilleurs établissements.

Enfin, il faut rouvrir des hôpitaux de proximité pour rétablir la justice territoriale avec un réseau de soin assuré par une meilleure reconnaissance et l’intégration de la médecine de ville et des maisons de santé. La crise du Covid a montré une nouvelle fois que la médecine de ville, largement oubliée des dirigeants parisiens, n’était pas intégrée aux dispositifs sanitaires comme il se devait. Ces professionnels sont pourtant en première ligne, en particulier pour une épidémie comme le Covid 19.

Ces mesures auront un coût certain. Debout la France a toujours assumé que la modernisation du système de santé français imposait une hausse des dépenses. Le vieillissement de la population et l’arrivée des nouvelles technologies imposent de fait des coûts supplémentaires. En voulant dépenser moins en dehors de toute réalité démographique, la technocratie a tout simplement dégradé le système de soins français et mis nos soignants dans des conditions de travail impossibles. Nous maintenons que la situation impose d’assumer une hausse de 3% par an des dépenses de santé pour dégager les marges de manœuvre suffisantes et que l’ensemble de la reprise de la dette par l’Etat permettra de dégager plusieurs centaines de millions d’euros pour l’investissement.

La hausse des dépenses pourrait être compensée par une lutte active contre la fraude à la carte vitale, estimée à 14 milliards d’euros par an, la fin de l’AME pour les clandestins (1 milliard d’euros) ainsi qu’une baisse du train de vie de l’Etat.

La santé est une priorité nationale et un droit fondamental de nos concitoyens, il faut avoir le courage d’en assumer le coût tout en reconnaissant le dévouement des personnels soignants à leur juste valeur.

Nicolas Dupont-Aignan, Président de Debout La France, Député de l'Essonne.