Régression, tout d’abord, pour le droit des femmes, conquis de haute lutte depuis des siècles. Un peu plus de 70 ans après la conquête du droit de vote, les jeunes filles de Sciences-Po acceptent cette pression religieuse qui banalise le port du voile, symbole de la soumission de la femme qui doit cacher sa féminité pour sortir. En un mot, qui n’a plus le droit d’être elle-même. Dans la patrie des droits de l’homme, comment accepter au cœur du Paris du XXIè siècle cette compromission ? Régression aussi pour l’université française : ce lieu de connaissance et de partage du savoir ne peut pas en effet se renier à ce point en acceptant en son sein des formes de prosélytisme religieux. Voilà pourquoi je suis convaincu qu’il est temps d’interdire à l’université, comme la République a déjà eu le courage de le faire à l’école, le port de signes distinctifs religieux. La laïcité à la française n’est pas la juxtaposition de communautarismes mais au contraire la capacité à les dépasser pour garantir la cohésion nationale. C’est à l’école, puis à l’université mais aussi dans nos services publics ou dans l’entreprise que se forge un sentiment d’appartenance à la Nation. Il ne faut à aucun prix mettre le doigt dans l’engrenage car après il sera trop tard pour reconquérir notre liberté. Il ne s’agit en rien de s’opposer à l’existence des religions dans notre pays. La République protège les lieux de culte, garantit à chacun la pratique de sa foi dans le respect des lois. L’égalité des sexes est l’un des fondements de notre pacte national. En mettant un coup d’arrêt à l’offensive d’un certain intégrisme, la République protège les jeunes filles françaises de confession musulmane leur permettant de concilier leur foi avec nos valeurs et notre idéal, qui ne sont pas et ne devront jamais être négociables. A chacun de mes déplacements, je reçois le témoignage de Français naturalisés ou nés en France de parents étrangers qui me soutiennent et qui me disent : « nous n’avons pas choisi la France pour nous voir imposer ce que nous avons quitté. Tenez bon, tenez bon ! » Le débat n’est donc pas entre la République et les musulmans mais entre les Français de toute confession et une vision archaïque de l’islam. C’est d’ailleurs un débat qui traverse aussi les sociétés arabo-musulmanes, par exemple en Tunisie. N’oublions pas, à cet égard, que le Président Bourguiba avait interdit le port du voile dans son pays. Cette journée du voile à Sciences-Po n’est pas anodine et mérite une réaction rapide de la République.