En résumé, alors que l'Etat a déjà débloqué des millions d'euros pour l'amélioration de la voie empruntée actuellement, RFF envisage de débloquer 3 milliards d'euros pour une nouvelle ligne, alors même qu'elle ne permettra au mieux que le passage de 3 TGV par heure de pointe à 4 - et sur une journée le passage de 74 à 100 TGV au maximum et dans 20 ans...

3 milliards d'euros, rien que ça, alors que l'on demande au citoyen de se saigner toujours plus et que l'on détruit les services publics pour réduire un déficit qui augmente à vitesse lumière (notamment en raison du scandale sur je dénonce dans mon livre).

Or - sI l'on peut de toute façon s'interroger sur la pertinence du nouveau projet pharaonique de RFF - j'ai été absolument scandalisé par le mépris affiché des représentants de RFF, capable de venir développer leur grand projet, leurs concepts d'efficacité à long terme et déverser "leurs" milliards face à des administrés qui vivent l'enfer au quotidien sur la ligne D.

Les représentants de RFF semblaient ne même pas avoir conscience que les sommes qu’ils comptaient dépenser pour les usagers du TGV venaient de la poche de ceux qui les écoutaient et qu'ils semblaient narguer de leur suffisance technocratique : les contribuables !

Or, jusqu'à preuve du contraire le RER D, c'est 550 000 usagers par jour. Et le projet en question ne concernera au mieux que 6 000 usagers supplémentaires !

Poussés dans leurs retranchements, les ingénieurs en charge du projet ont d'ailleurs fini par m'avouer après 2 heures de questions que la vraie finalité du projet - puisque le gain en nombre de TGV par heure serait de toute façon faible malgré les sommes dépensées - était uniquement de faire en sorte qu'ils ne soient pas perturbés par les RER qui empruntent aujourd'hui la même voie...

Je me suis alors demandé - sans parler de la pertinence économique à long terme du projet de ligne et du gain éventuel pour l'ensemble des usagers - comment ils pouvaient avoir eu le courage de venir présenter un tel projet, alors même que l'Etat et la Région n'ont mis que 500 millions pour le RER D, et qu'1 milliard supplémentaire solutionnerait pourtant tous les problèmes de la ligne D.

Mais je sais qu'il ne s'agissait pas de courage - juste d'inconscience et de mépris. Les réactions de la salle ont été d'ailleurs à la hauteur de leur décalage total avec la réalité : saignantes.

C'est tout le drame de notre société : une coupure radicale et bientôt irréversible entre des élites qui ne raisonnent absolument plus en prenant en compte l'aspect humain, qui ne voient les citoyens que comme des "usagers" ou des "clients". Un Etat faible, car entièrement soumis à l'économique là où il devrait au contraire se porter garant de l'intérêt général contre le tout financier.

Et en face, des citoyens qui ont perdu toute confiance dans les acteurs politiques et économiques de leur pays, n'ayant que trop bien compris qu'ils étaient désormais à leur service et au service de leurs intérêts personnels, et non l'inverse.

Bref, une fracture sociale que Chirac décrivait dès 1995 mais qui ravage aujourd'hui désormais également les classes moyennes, à savoir ceux-là même qui hier soir aurait pu - dans un monde meilleur - se réjouir de gagner en confort lorsqu'ils prendront le TGV, mais qui sont désormais réduits à prier pour que leur RER parte à l'heure, à se lever plus tôt et à attendre des heures par mois sur les quais de gare de Yerres, Montgeron ou Brunoy en espérant ne pas arriver en retard et ne pas perdre leur boulot.

J'ai essayé hier d'exprimer comme député de la nation cette colère et je pèserai de tout mon poids pour que les décisions prises soient conforme à l'intérêt général.

C'est tout l'objet de mon combat politique, et des soirées comme celle d'hier me regonflent d'énergie pour des semaines de combat.