Or ce sont ces mêmes symboles que les Français avaient rejetés par référendum en 2005 ; seul le peuple peut défaire par les urnes ce qu’il a fait ! Lorsqu’Emmanuel Macron avait fait état de sa volonté de trahir à nouveau le vote des Français, j’avais naturellement demandé un référendum. Le Président de la République aurait pu ainsi mettre ses actes en accord avec ses paroles puisque les sujets pour consulter directement nos compatriotes ne manquaient pas après douze longues années sans vote (traités de libre-échange CETA et TAFTA, moralisation politique, réforme de l’Assemblée Nationale et du Sénat…)!

Hélas, Emmanuel Macron ne fait qu’user des pires ficelles de la politique représentative. En réalité, rien n’a changé depuis 2005 quand le Parlement votait à 95% pour la Constitution Européenne, soutenue par un consensus unanime de tous les grands médias, les corps intermédiaires, les lobbys puis finalement rejetée par le peuple à 55% avant d’être finalement ré-adoptée sous la forme du traité de Lisbonne en 2007 !

Le référendum contre la Constitution européenne fut en 2005 mon premier grand combat national public, à la suite des combats que j’ai menés auprès de Philippe Séguin, en 1992 puis au sein du RPF avec Charles Pasqua ou Philippe de Villiers. En 2007, quand l’UMP a imposé le traité de Lisbonne, je rompais avec ce parti qui trahissait non seulement es électeurs mais l’esprit même du gaullisme et en fait, de la démocratie elle-même. A l’époque, le gouvernement prétendait que la différence fondamentale entre le traité de Lisbonne et la Constitution refusée par référendum, était l’absence de reconnaissance des symboles européens. Dix années après, la trahison du peuple par les dirigeants est donc complète mais qui en doutait vraiment ?

Les Français ont compris que les gouvernements successifs de notre pays se moquaient complètement de leur avis. Ceux qui nous dirigent estiment qu’ils savent mieux que la majorité des Français et qu’il faudrait faire le bien de la France à son insu. Ils vivent dans un monde parallèle dans lequel le pays réel penserait comme eux sans le savoir ni le vouloir ! Il suffit de lire sur twitter Nathalie Loiseau, Ministre des Affaires Européennes pour s’en convaincre : « "Citoyens français et européens nous célébrons le 14 juillet et le 9 mai, nous avons deux drapeaux, deux hymnes, deux devises. Est-ce que cela pose une difficulté ? Aucune"

Dans quel pays vit Nathalie Loiseau ? A-t-on vu des militaires français donner leur vie pour honorer le drapeau de l’Union Européenne ? Des champions français entonner l’ode à la Joie dans un stade? De jeunes élèves français réciter en chœur la devise de la Commission Européenne ? Ce genre de discours démontre par l’absurde que les décisions qui sont prises sont complétement hors-sol. Hors sol à l’image d’ailleurs de symboles européens eux-mêmes qui n’ont aucune légitimité historique, civilisationnelle ou démocratique. Personne n’est vraiment capable de savoir ce que représente le drapeau de l’Union Européenne, décidé par quelques dizaines de personnalités dans les années 1950 ; personne ne sait pourquoi un passage de la 9ème symphonie de Beethoven a été choisi comme hymne et tout le monde se moque éperdument de savoir d’où vient la devise de la Commission.

L’idée profonde des technocrates qui ont imposé aux peuples leurs propres lubies est toute simple ; il pense que le temps et la lassitude seront de leur côté, que répéter et imposer sans cesse ce dont personne ne veut finira par réussir, à savoir substituer leurs propres fantasmes aux réalités vécues par les peuples. En somme, ce sont des méthodes dictatoriales de manipulation des esprits et des consciences indignes de la démocratie et qui, comme tout régime autoritaire, échouera face à l’âme des peuples.

On ne décide pas l’histoire et l’identité d’un peuple sur un coin de table lors de sommets diplomatiques. Un peuple est une entité à la fois enracinée et vivante qui n’obéit qu’au tumulte et au récit de son histoire, aux formes et aux couleurs de ses terroirs, au son de sa langue et de sa culture. C’est d’autant plus vrai que l’Europe est une mosaïque de peuples millénaires qui, comme le disait le général de Gaulle, sont des œufs durs qu’on ne peut transformer en omelette.

C’est pour cette raison qu’imposer au mépris de la démocratie les symboles de l’Union Européenne va bien plus loin qu’un bout de tissu, quelques notes de musiques et des mots en l’air. Tous anecdotiques en eux-mêmes, les symboles de l’Union Européenne disent tout du projet politique de cette institution : une machine technocratique qui trahit la force de l’Europe, ses peuples et leur diversité. Si l’Union Européenne a échoué et échouera encore à répondre aux défis du siècle et aux aspirations des nations européennes, c’est qu’elle veut écraser les nations au lieu d’en faire une force commune. Les fanatiques de la Commission de Bruxelles pensent depuis toujours que la diversité européenne a conduit à des guerres et nous affaiblit dans la mondialisation.

Ce faisant ils veulent contraindre cette diversité à disparaitre pour créer une nouvelle entité unique sur les ruines des identités nationales. Les partisans d’un tel projet n’ont pas compris que les malheurs de l’Europe ne sont jamais venus de sa diversité mais de la volonté d’un tiers de prendre l’ascendant sur les autres, de refuser à l’un ce que l’on offrait à l’autre, de ne pas respecter depuis le début l’identité de chaque peuple.

Ce n’est pas à moi ni à un technocrate de Bruxelles de décider s’il existe une civilisation européenne. Il faut se garder des réécritures historiques intempestives et idéologiques. Nous partageons à des degrés très divers des héritages, une histoire commune. Toute la pensée unique était tombée sur le dos de Jean-Luc Mélenchon quand il avait relativisé, certes avec les excès qu’on lui connait, nos liens historiques et culturels avec certains pays de l’est comme la Lituanie. Au-delà de la provocation, il ne faisait qu’énoncer une évidence, à savoir que la France a des liens beaucoup plus anciens et profonds avec le Maghreb ou bien évidemment, nos cousins du Québec. Ce qui est certain en revanche, c’est que nous avons de grands défis technologiques, environnementaux, sociaux à relever au sein de la mondialisation. Les Etats-Unis dominent encore l’ordre du monde, la Chine s’est dressée et sera rejointe par d’autres puissances continentales. Face à eux, rien ne sert d’imiter les Etats-Unis, un pays qui n’a pu être neuf qu’en faisant table rase des civilisations amérindiennes qui l’ont précédé. Les nations d’Europe doivent au contraire cultiver la force que leur donne leur diversité pour créer un modèle historique inédit, la preuve que l’on peut coopérer pleinement sur des sujets précis tout en restant parfaitement libres et indépendants.

Ce nouveau projet aura-t-il un jour un drapeau, un hymne et une devise ? Ce seront aux générations futures de le décider démocratiquement. Ce qui est certain, c’est qu’un avenir en commun ne se décrète pas, il se construit dans le temps, par les épreuves et les défis affrontés ensemble, par les succès et les échecs rencontrés, par des solidarités nouvelles qui se tissent par la simple vertu du temps qui passe.

En tout cas, ce ne sera jamais le drapeau bleu et ses douze étoiles d’or. Ce symbole ne sera plus jamais celui de l’Europe mais restera à jamais celui de l’Union Européenne, ce projet construit contre les peuples, qui a appauvri ceux qui travaillent au profit du règne de l’argent, a détruit ses frontières et ses protections contre les dangers du monde, opposé les peuples entre eux en instaurant une concurrence sauvage.

J’affirme donc clairement mon désaccord avec Emmanuelle Ménard qui a souhaité absoudre le drapeau européen des erreurs de l’Union Européenne. J’entends ses intentions réelles, à savoir l’espérance à venir que l’Union Européenne deviendra elle-même un projet européen respectueuse des nations, des identités et des peuples mais j’essaierai de la convaincre que son optimisme la fourvoie. Emmanuelle Ménard a sous-estimé la force d’un symbole, le drapeau européen, refusé par référendum par les Français et qui incarne donc lui-même la trahison des élites et cette mauvaise construction européenne.

Cependant, je refuse de tomber dans le piège éculé de la division des souverainistes, toujours prompts à tomber dans les pièges lancés par nos adversaires. Depuis trois mois, j’ai entamé avec de nombreuses personnalités, en particulier Jean Louis Masson, Jean Frédéric Poisson, Nicolas Dhuicq, Emmanuelle Ménard mais aussi des centaines d’élus locaux moins connus, une dynamique d’union et de rassemblement.

Ma ligne de conduite est claire et ne variera pas : ce qui unit les Amoureux de la France est plus fort que ce qui les divise et nous devons travailler sur un programme commun qui valorise enfin nos accords essentiels plutôt que cette guerre intestine incessante entretenue par nos ennemis qui eux, s’entendent pour garder le pouvoir et ruiner la France.

Nous devons réunir dans une seule coalition tous ceux qui veulent relever la France et bien entendu, mettre à un terme à l’Union Européenne en refondant complétement le projet européen. Lors de la présidentielle j’ai fait un geste historique pour rendre cette union possible et Marine le Pen avait accepté des compromis essentiels à la réussite de processus de rassemblement. Je ne peux donc que regretter que certaines personnalités politiques qui avaient soutenu cet accord politique, en particulier sur la question européenne, joue désormais la politique du pire et de la division en exacerbant les oppositions artificielles et les postures sur le ton du « plus souverainiste que moi tu meurs » ; Et bien oui, disons-le le souverainisme mourra si cette escalade absurde se poursuit.

J’ai vécu la division des « gaullistes », des « souverainistes », des « chevènementistes », des « pasquaiens », des « séguinistes », des « villieristes »… Tant de gâchis de talents et de destins d’hommes d’Etat brisés par des querelles ridicules. Pire, pendant que tous ces gens qui aiment la France se disputaient, les autres qui voulaient l’offrir à Bruxelles gagnaient les élections.

Aujourd’hui, nous n’avons même plus l’excuse éculée du clivage PS/UMP. Emmanuel Macron a redéfini le paysage politique. Il met aujourd’hui en place la deuxième étape de son projet dans la perspective des élections européennes.

Certain de pouvoir unir les fédéralistes et les partisans de l’Union européenne, Emmanuel Macron rigole d’avance en imaginant les guerres de chapelles, les égos surdimensionnés de ceux qui portent depuis 2005 un autre projet européen, celui attendu par les Français et tant d’autres peuples européens.

Nous avons une année pour montrer que la volonté de servir la France et les Français est bien plus forte que les calculs machiavéliques d’Emmanuel Macron. Allons-nous continuer à offrir la France à nos adversaires politiques ou enfin être à la hauteur des attentes des Français ?