Je pense à ces éleveurs, producteurs de lait, qui se sont organisés en coopérative pour produire leur comté. Ainsi, par exemple, en maîtrisant la filière, ils obtiennent un prix rémunérateur leur permettant de vivre au pays.

Je pense aussi à cet éleveur, Maire de son village, qui, pour éviter la ruine de son exploitation, a décidé d’organiser la vente directe de ses produits.

Sur tout le territoire on ne compte plus ces initiatives pour échapper au rouleau compresseur de la grande distribution, pour maintenir les activités locales, pour faire vivre nos terroirs.

Malheureusement, il ne s’agit encore que d’initiatives trop isolées car on ne compte plus , non plus, ces agriculteurs qui disparaissent pris à la gorge par des prix de vente peu rémunérateurs.

Partout, la même volonté de résistance de nos campagnes face à des politiques publiques scandaleusement injustes.

Partout, la même volonté de voir apparaître une offre politique différente qui s’appuie sur les réalités et qui valorise nos atouts.

Mais pour y réussir nationalement et transformer l’essai de ces initiatives trop parcellaires, il faudrait bien sûr changer radicalement de politique économique et sociale.

Si l’on veut sauver l’élevage en France par exemple, il n’y a qu’une solution : rétablir le prix garanti du lait et refuser la fin des quotas et la libéralisation du marché qu’a décidé Bruxelles pour 2015.

Dans un autre domaine, quel gâchis de voir les écoles fermées les unes après les autres dans les communes rurales. Une politique de gribouille puisque les économies réalisées par l’Etat sont compensées par les surcoûts de dépenses de transports scolaires pris en charge par les départements. Sans parler de la peine imposée à nos écoliers de campagne qui doivent se lever aux aurores pour être acheminés sur des kilomètres dans de grands groupes scolaires où l’on retrouve les maux des écoles de banlieue.

Tout le monde y perd : le village qui sans sa classe manque d’attractivité, les familles qui perdent la proximité et les enfants encore plus fatigués.

Mais tout cela importe peu aux technocrates de Bercy ou de l’Education Nationale qui ne connaissent même pas notre territoire et qui n’ont pas compris que sa diversité était notre richesse.

Les Maires m’ont tous parlé de leur sentiment d’abandon, de ces politiques publiques aberrantes, de l’incompréhension de nos concitoyens.

L’un d’eux me disait : « il nous faudrait surtout du bon sens. Le bon sens de nous écouter. Le bon sens de comprendre qui nous sommes. Le bon sens de balayer tous ces incompétents. »