Après le tremblement de terre politique des élections régionales, le gouvernement ne tirant bien sûr aucune leçon du scrutin, n’a pas voulu débattre ni du chômage de masse, ni de l’insécurité, ni des flux migratoires non contrôlés. En revanche, il s’est précipité pour faire adopter, la veille des fêtes, non pas une « modernisation » des règles du scrutin présidentiel mais un véritable verrouillage organisé pour réduire encore un peu plus l’offre politique et ainsi achever d’abimer ce qui reste de notre démocratie et de la Vème République.

Qu’il faille améliorer les conditions d’organisation de l’élection présidentielle, je n’en doute pas et j’ai même déposé pour ma part un texte alternatif à celui du pouvoir socialiste. Mais cette proposition de loi est particulièrement perverse car elle comprend des dispositions apparemment anodines aux effets pourtant redoutables. Par exemple :

- Complication dans la recherche des 500 parrainages puisque désormais les candidats ne pourront plus aller récupérer les parrainages chez les Maires, ces derniers devant obligatoirement les adresser par voie postale au Conseil Constitutionnel. Ce même Conseil publiera 2 fois par semaine la liste des Maires ayant parrainé chaque candidat. L’objectif, non avoué, est clair : dissuader un peu plus les élus de parrainer les candidats indépendants des partis dominants, fermer le jeu politique en empêchant l’expression des voix libres. Le régime des partis tient ainsi sa revanche sur le legs majeur du Général de Gaulle, l’élection du président de la République au suffrage universel direct qu’il cherche un demi-siècle après son instauration à restreindre. Un mode de scrutin qui permet justement à un éventail de personnalités de s’adresser directement au peuple français.

- Moins de candidats donc, mais aussi des candidats qui ne pourront plus s’exprimer dans les médias comme auparavant puisque le principe d’égalité du temps de parole est supprimé pendant 3 semaines sur 5. Il ne restera que 2 semaines d’égalité réelle du temps de parole avant le 1er tour. Ce qui est bien sûr totalement insuffisant pour faire connaître de nouvelles personnalités, de nouvelles idées à nos compatriotes. Le principe de soi-disant équité se substitue à celui d’égalité à partir de la déclaration des candidats ayant recueilli les 500 parrainages, introduisant une inégalité intolérable entre ceux issus des grands partis qui monopolisent déjà toute l’année 90% du temps d’antenne, et les autres. Cette disposition réclamée par certains médias qui ne veulent plus se compliquer la vie au risque d’enfermer les Français dans le piège du tripartisme réducteur que nous connaissons déjà, me paraît dangereusement anticonstitutionnel. Le système politico-médiatique si contesté par les Français ne supporte même plus que tous les 5 ans pendant 5 semaines, l’égalité puisse présider dans l’expression et le débat politique. 5 semaines sur 260 c’est encore trop pour eux.

L’élection présidentielle qui est la seule qui passionne les Français, qui donne lieu à un vrai débat et où l’abstention est très réduite, est dans le collimateur du régime renaissant des partis. En enfermant notre pays dans ce tripartisme qui tourne en rond, ils vont détruire la dernière soupape démocratique que représentait l’élection présidentielle avec le risque qu’elle se joue désormais dans la rue.

L’objectif du Parti Socialiste est limpide : faire du FN la seule alternative politique à un système dont il deviendrait lui-même la composante dominante, pour ensuite crier au fascisme et remporter in extremis, tout en étant ultra minoritaire, l’élection présidentielle. Il veut rien moins que nous renvoyer à l’époque où le centre-gauche mou, celui de René Pleven ou d’Armand Fallières, dominait la France. Adieu la Vème, vive le retour à la IVème, voire à la IIIème… Et on ose nous parler de « modernisation » !

- A ces deux dispositions scandaleuses s’ajoutait, pour cadenasser définitivement l’élection, la suppression de la propagande électorale envoyée à domicile. Leur idée était simple : empêcher les Français de recevoir à domicile, dans la même enveloppe à égalité, les professions de foi de chaque candidat. Seuls les 3 principaux partis auraient pu, avec leurs moyens financiers importants, adresser directement leurs prospectus électoraux dans les boîtes aux lettres de tous les Français. Les autres auraient été privés de cette prestation gratuite fournie par l’Etat.

Heureusement j’ai pu intervenir devant mes collègues pour les implorer de ne pas commettre cet assassinat démocratique. Les Verts, le Front de Gauche, les Centristes et les Républicains présents dans l’hémicycle m’ont suivi. Le groupe socialiste s’est partagé en 2 et nous avons rejeté d’extrême justesse, à une voix près, cet amendement gouvernemental scélérat.

- Ne reculant devant rien, le groupe socialiste avait aussi prévu, pour conforter la domination des partis qui ont de l’argent, la possibilité d’acheter de la publicité par voie d’affichage et de presse. C’était interdit depuis 1996 grâce, je m’en souviens encore, au combat que nous avions mené avec Philippe Séguin contre la collusion des pouvoirs de la presse et de l’argent.

On imagine aisément les rabais financiers qu’auraient pu faire certains groupes de presse à leurs amis politiques pour passer des pleines pages de pub en leur faveur. Là aussi j’ai dû intervenir pour rappeler aux parlementaires présents dans l’hémicycle, la folie que constituerait la suppression de cette interdiction. Je suis fier d’avoir pu mobiliser une très courte majorité contre cette dérive de l’argent roi.

Au terme de cette soirée surréaliste, programmée comme par hasard à la veille des fêtes de fin d’année, dans un hémicycle vide, cette loi dite de modernisation qui est en fait une immense régression démocratique, a été votée. Elle doit maintenant être votée au Sénat et repasser devant l’Assemblée nationale en janvier.

Seule la mobilisation de tous les parlementaires, qui ne sont pas socialistes, pourraient permettre de la bloquer. La question est de savoir si les Républicains auront l’honnêteté de s’y opposer pour défendre la diversité politique.

Au-delà, je reste convaincu que le Conseil Constitutionnel pourrait l’annuler si par malheur elle était adoptée et si 60 Députés avaient le courage et l’honneur de le saisir.

C’est un combat pour la démocratie et j’invite tous nos concitoyens à saisir leur Député pour les menacer de sanctions s’ils votaient ce texte.

On ne peut pas transiger avec l’égalité des candidatures qui est essentielle à l’égalité des suffrages.