Souci d’ouvrir les yeux à leurs concitoyens responsables, par leurs préjugés et leur ignorance, d’une crise dont ils ne parviennent pas à se sortir ? Courage d’une opinion iconoclaste qui serait la marque d’esprits libres et non-conformistes ? C’est évidemment ce que nos deux Zorro de l’UE voudraient faire croire. Mais derrière la noblesse revendiquée de ces postures, les choses paraissent bien plus prosaïques.

Tout d’abord, il y a bien sûr pour ces deux indécrottables fédéralistes européens, la nécessité dialectique de trouver un prétexte à l’établissement d’une Europe intégrée dans laquelle disparaîtraient les Etats-nations en général, et l’un parmi les plus coriaces d’entre eux, la France, en particulier.

Leur Union européenne a beau être devenue le bateau ivre antiéconomique et antidémocratique dans la main de l’Allemagne pronostiqué depuis toujours par ses adversaires, elle a beau être rejetée par référendum, conspuée dans la rue et responsable de la montée inquiétante de votes contestataires, Giscard et Cohn-Bendit n’en démordront jamais : même si elle ne marche pas et même surtout si elle ne marche pas, il faut à tout prix réclamer sa poursuite et son « approfondissement » - comme jadis les serviteurs du communisme mondial réclamaient la poursuite de l’édification du paradis soviétique en invoquant « le bilan globalement positif » de leur idéologie.

Alors ils nous refont le coup habituel du bouc émissaire national. « La France ne marche pas » nous dit contre toute évidence l’ancien casseur de 68, qui espère manifestement faire passer les vessies pour des lanternes et par son seul bagout de trublion inverser la réalité et le mensonge. Car encore une fois, c’est son Europe communautaire et virtuellement fédérale qui est dans la tombe. Quant à la France, elle est certes en crise, mais qui ne voit, et de plus en plus, que l’Union européenne avec ses dogmes monétaires et macroéconomiques en est grandement responsable, qu’elle en est la cause et en aucun cas le remède ! ?

Vient ensuite la « petitesse » supposée de la France, « argument » qui vise, à défaut de convaincre, à intimider les Français, sommés de se soumettre à la fatalité. Fausse fatalité en vérité ! Car outre que ce genre de discours décliniste en rappelle d’autres, qui eurent eux aussi vocation dans les heures sombres de notre histoire à justifier l’injustifiable, le propos est parfaitement absurde et démenti par l’histoire.

Notons tout d’abord que, contrairement à ce que laissent entendre nos deux comparses du fédéralisme européen, cette antienne ne date pas d’aujourd’hui ni même d’hier ! C’est en vérité depuis la première moitié du XIXème siècle que les élites européennes s’inquiètent de l’émergence des Etats-Unis et de la Russie, deux géants amenés à concurrencer leur suprématie planétaire. Mais, au cas où ils ne l’auraient pas remarqué, non seulement ce déclassement de l’Europe s’est produit déjà depuis longtemps, mais de surcroît il n’a pas empêché les pays européens de conserver une place tout à fait enviable dans le palmarès mondial de la puissance et de la richesse…

Des pays comme l’Allemagne, la Suède, le Japon, la Corée, Singapour ou, plus proche de nous la Grande-Bretagne, très comparable à la France à de nombreux titres, sont là pour en attester et dégonfler la baudruche fédéraliste de la « petitesse française ». D’ailleurs, à appliquer le critère démographique aux Etats-Unis, que Giscard administre à la France pour en déduire que, ne pesant qu’1% de la population mondiale elle n’est plus rien, on n’obtient qu’un piteux 5% qui n’est pas plus pertinent ni éclairant sur la réalité du monde.

Ensuite, il faut bien voir que l’ode au gigantisme est des plus fragiles dans la mesure où les colosses ont bien souvent des pieds d’argile : logique revers de la médaille, ils souffrent de handicaps propres à leur taille qui ne présente pas, loin s’en faut, que des avantages. Des pays émergents comme la Chine, l’Inde ou le Brésil - par exemple - en savent quelque chose…

Enfin, même les Etats-Unis, unique superpuissance de l’après-Guerre froide, n’ont plus les moyens (matériels, humains et politiques) d’imposer leur loi au monde, ainsi que l’ont démontré les fiascos afghan et irakien. L’époque des blocs est finie – ce que de Gaulle avait d’ailleurs prophétisé avec clairvoyance en son temps -, l’heure est plus que jamais à la diversité des nations, au monde multipolaire propice à l’action agile, réactive et résolue des nations.

Ainsi donc, parce qu’ils n’ont rien d’autre à dire devant les ruines de leur Europe fédérale, VGE et DCB s’en prennent-ils à la France. Mais il y a plus sans doute. Visiblement, nos deux éternels comparses de l’antigaullisme n’ont toujours pas digéré la Vème République et le legs de son premier président, la souveraineté et la grandeur nationales retrempées à neuf à l’heure de la modernité. Et ils se font un malin plaisir à prendre une petite revanche sur de Gaulle et la France qu’il a façonnée, dont nous sommes aujourd’hui encore largement redevables.

« Petite » la France ? Bien sûr que non. Si les deux invités de Ruth Elkrief la voient ainsi, c’est tout simplement parce qu'ils l'aiment et la veulent ainsi.