Par son ampleur, son acharnement criminel, sa cruauté et son caractère « industriel », la destruction des Juifs d’Europe revêt en effet une singularité tragique à l’échelle de l’Histoire universelle. Bien sûr, il y eut par le passé des massacres, des exactions, des persécutions, mais jamais avec une telle sophistication, de tels moyens, un tel systématisme, qui plus est à une époque où la culture, la technique et la science auraient dû prémunir n’importe quelle communauté humaine d’une pareille folie meurtrière.

Hélas, s’il s’est transformé, s’il s’est déplacé sur d’autres points de fixation, l’antisémitisme qui fut à la source de la shoah existe toujours. Nous devons le combattre sans faiblesse ni hésitation, surtout après la glaçante tuerie de la porte de Vincennes. A cet égard, le doublement du nombre des agressions antisémites l’année dernière est un véritable signal d’alarme qui doit faire réagir les autorités de la République : les Français de confession juive ont droit à la sécurité et à la protection efficace qu’un grand pays démocratique et développé doit à tous ses citoyens.

Pour singulier qu’il ait été, le génocide juif ne doit pas nous faire oublier non plus la portée universelle des crimes nazis : c’est bel et bien l’Homme, quels que soit sa religion, ses origines, sa couleur, son sexe et son âge, qui était la cible de la terreur totalitaire, cette entreprise de dénaturation et d’anéantissement du genre humain au sens où nous l’entendons ; ce, jusqu’au peuple allemand lui-même, promis lui aussi à l’enfer concentrationnaire ou à la destruction ultime par la guerre « totale ».

C’est pourquoi il nous faut aussi nous souvenir, au-delà des 5 à 6 millions de Juifs tués par le travail forcé, l’empoisonnement au gaz, les mauvais traitements, les privations ou la « shoah par balles » à l’Est, de toutes les autres victimes du nazisme (sans même parler des totalitarismes rouges qui furent eux aussi meurtriers) : les populations jugées « inférieures » (les Slaves et les Tsiganes) et à ce titre également visées par des projets d’extermination ou de mise en esclavage systématique, les opposants politiques, les résistants, les homosexuels, les personnes handicapées, les otages,…

Se souvenir des crimes nazis, c’est rendre hommage à toutes les victimes et réitérer une condamnation sans faille ni rémission des idéologies meurtrières et délirantes qui ont ensanglanté le XXe siècle et qui, hélas, guetteront toujours une humanité tourmentée. C’est ainsi se rappeler en quoi la démocratie est un trésor fragile et exigeant, que nous avons chacun, à commencer par les responsables publics, le devoir de chérir et défendre. Par ces temps de crise économique chronique, de profonde incertitude sur l’avenir et de désarroi politique grandissant, ce n’est vraiment pas un luxe…