Pour bien connaître la Grèce en partie grâce à l’alliance étroite de Debout la France avec les Grecs indépendants présidés par mon ami, Panos Kammenos, je peux témoigner de la souffrance extrême entraînée par l’absurde thérapie d’austérité imposée par la Troïka.

Contrairement à ce qui a été dit en France, ce plan a été totalement contre-productif au plan économique et budgétaire. Il a tué 30% des entreprises du pays. Il a cassé les ressorts de l’économie grecque et donc détruit sa capacité à rembourser la fameuse dette. La manipulation des esprits a été jusqu’à dire que l’Union européenne avait aidé massivement la Grèce. Il eut été plus exact de dire que les gouvernements allemands et français ont simplement sauvé leurs propres banques en les déchargeant de leurs titres grecs pour les absorber dans une structure publique.

J’avais d’ailleurs alerté, en son temps, mes collègues de l’Assemblée nationale sur le danger pour les contribuables français de se mettre sur le dos les positions risquées prises par les banques privées sur la dette grecque. Depuis 4 ans, je n’ai cessé d’alerter sur le fiasco prévisible du plan de Bruxelles et du FMI.

Aujourd’hui la Grèce est bien sûr totalement incapable de rembourser non seulement le fardeau des intérêts mais aussi le « principal », qui ne cesse de s'alourdir (de 110% à 175% en 4 ans !). La question n’est donc pas de savoir s’il faut ou non rembourser mais plutôt de se questionner sur la nature de l’allègement à opérer et la capacité retrouvée du pays à créer de la richesse collective pour en rembourser un jour une partie.

C’est dans ce contexte qu’intervient la victoire de Syriza et l’alliance positive avec le parti des Grecs indépendants. Panos Kammenos a été très courageux de bloquer l’élection du Président de la République en décembre grâce à ces 12 députés qui ont refusé de participer à la manœuvre du Premier ministre sortant, M Samaras. Ce blocage a permis le déclenchement des législatives anticipées.

En choisissant une alliance avec les Grecs indépendants, le leader de Syriza fait preuve d’audace et de sagesse. Audace car il surmonte le faux clivage droite/gauche - toujours exagéré en France - et sagesse car il montre au peuple grec qu’il n’est pas le Premier ministre d’un camp mais celui de la Nation tout entière, qui veut retrouver sa dignité, son indépendance et sa prospérité.

Sagesse aussi car cela va donner plus de poids au gouvernement grec pour affronter l’oligarchie bruxelloise et l’arrogante Mme Merkel. Deux scénarios sont possibles :

Le premier est celui d’un accord entre la Grèce et l’Union européenne sur la réduction et l’étalement de la dette. Cela prouverait que l’Allemagne et la France, principalement, acceptent un transfert financier important vers ce pays pour lui permettre de supporter le handicap que représente l'impossible monnaie unique, l’euro trop cher pour sa compétitivité. Franchement, je doute de cette issue car soit les exigences de Tsipras sont trop légères et il décevra son peuple, soit elles sont conformes à ses promesses et je ne vois pas Mme Merkel les accepter.

Le deuxième scénario, le plus probable, est un bras de fer entre la Grèce et ses créanciers, qui se solde par un refus de l’Union européenne et oblige la Grèce à sortir de l’euro pour retrouver une monnaie suffisamment dévaluée pour relancer sa production intérieure et son tourisme.

Dans ce cas, la responsabilité de cette crise incomberait à l’Allemagne et à l’Union européenne. Mais cette solution n’est-elle pas celle qui, au fond, sans le dire publiquement, est la préférée de tous ? Par les Allemands, car c’est l’assurance pour eux de ne plus payer des transferts financiers vers le sud, par les Grecs parce que c’est le moyen de retrouver une capacité productive.

Cette sortie bien sûr devrait être organisée pour éviter des difficultés trop grandes. C’est d’ailleurs le sens de nos propositions à Debout la France pour une évolution de l’euro qui deviendrait une monnaie commune et non plus unique garantissant un cadre européen de stabilité.

Il y a bien le dollar américain, le dollar canadien, le dollar australien. Pourquoi n’y aurait-il pas, à terme, l’euro grec, l’euro français, l’euro allemand, permettant de concilier coopération européenne, notamment à travers le contrôle commun des banques, et flexibilité des monnaies adaptées à chaque économie.

Enfin au-delà de l’aspect grec, cette victoire et cette alliance inédite ouvrent de grands espoirs en France et dans les autres pays.

Cela prouve tout d’abord qu’il n’y a aucune fatalité à subir une politique contraire à nos intérêts fondamentaux. Cela prouve ensuite, comme dans la Résistance ou à la Libération, qu’il est possible de surmonter les différences politiques quand l’essentiel est en jeu.

Souvenons-nous qu’en 2009 Syriza recueillait le score électoral que Debout la France a eu aux élections européennes de 2014. Cela prouve une fois de plus qu’il est possible de reconstruire la vie politique lorsque l’on a du courage et des idées claires sur le pays.

Merci à Syriza et aux Grecs indépendants de redonner du sens à la démocratie !